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mercredi 24 octobre 2012

Frank Tovey - Tyranny And The Hired Hand [1989]



Il n'est pas toujours besoin de hurler pour se faire entendre. C'est en quelque sorte le principe que Frank Tovey s'est imposé de suivre pour sortir son quatrième album solo. Solo ? En fait pas plus solo que ceux de Fad Gadget, ils sont simplement sortis sous son vrai nom, Fad Gadget n'étant qu'un pseudonyme pour ses premières expériences.

Donc après Easy Listening For The Hard Of Hearing (1984) en collaboration avec Boyd Rice et après Snakes And Ladders (1986) et Civilian (1988) qui poursuivaient, plus calmement, les travaux de Fad Gadget, 1989 vois Frank Tovey porter ses attaques sous un nouvel angle. Fidèle à ses obsessions cristallisées en quelque sorte dans l'esclavage de l'homme par la société industrielle, Frank abandonne ses expérimentations électroniques, cold wave ou indus pour se muer en folk-singer. Rien de moins.

Tyranny And The Hired Hand est en effet un album de reprises, essentiellement acoustiques, de protest songs et de labour songs. Chansons de mineurs, d'ouvriers des filatures, chansons de folklore, dont certaines figuraient déjà aux répertoires de quelques obscurs folkeux comme Woodie Guthrie, Bob Dylan ou Johnny Cash. On a les références qu'on peut.

Et réellement Tyranny And The Hired Hand est une réussite. Si l'album démarre en douceur avec '31 Depression Blues ou Hard Times In The Cotton Mill traitées de façon traditionnelle, la tension monte clairement à partir de John Henry pour un premier sommet atteint avec The Blantyre Explosion sur laquelle le timbre de voix de Frank fait des merveilles. La deuxième partie du disque enchaine les morceaux de bravoure avec l'éternel Sixteen Tons,  un impressionnant Buffalo Skinners, pour finir sur un dylanien Joe Hill.

Mais la plus grosse surprise vient certainement de cette reprise de Men of Good Fortune qui, au premier abord, paraît déplacée dans cette liste et qui pourtant y trouve logiquement sa place, sujet oblige. Il est étonnant de constater comme la voix de Tovey sur ce morceau est proche de celle du Lou Reed de Berlin. J'avais croisé le fantôme de Tovey sur le dernier album de John Cale, voici une nouvelle connexion velvetienne inattendue.

1. '31 Depression Blues
2. Hard Times in the Cotton Mill
3. John Henry / Let Your Hammer Ring
5. The Blantyre Explosion
6. Money Cravin' Folks
7. All I Got's Gone
8. Midwife Song
9. Sam Hall
10. Dark as a Dungeon
11. Men of Good Fortune
12. Sixteen Tons
13. North Country Blues
14. Buffalo Skinners
15. Black Lung Song
16. Pastures of Plenty
17. Joe Hill

samedi 13 octobre 2012

Fad Gadget - Fireside Favourite [1980]



Peut-on sérieusement croire aux fantômes ? Définitivement non, sauf à aimer passer pour le neuneu de service, le gogo prêt à gober toutes les fariboles. Et pourtant des fantômes il m'arrive d'en croiser. Mais attention, les miens ont eu une classe folle. Pas de drap blanc ridicule avec des trous pour les yeux, pas des spectres qui traversent les murs et viennent vous effrayer nuitamment. Non mes fantômes à moi sont de purs esprits, invisibles mais sonores. Qui plus est, musicalement ils sont d'un goût exquis et ont marqué l'histoire à leur façon.

Je les croise de temps en temps au hasard d'un disque, au détour d'un morceau, une voix, une ambiance, un son me rappellent furtivement les démons de Jeffrey Lee Pierce, les angoisses de Ian Curtis, ou la rage de Strummer. D'ailleurs j'en ai croisé  récemment des fantômes. J'écoutais le nouvel album de John Cale, que je n'hésite pas à qualifier d'excellent, dont les rythmes et les sonorités m'ont par moment transporté 30 ans en arrière. Si Hemingway fait resurgir le chant grave de Ian Curtis, chaque écoute de Scotland Yard me confirme que ce morceau est habité par l'esprit de Frank Tovey.

Quand en 1980 New Order en deuil s'enlisait dans une musique synthétique à laquelle je n'ai jamais accroché, Fad Gadget déboulait sur la scène post-punk. Basse en avant, rythmique percutante volontiers  synthétique et bruitages électroniques, Frank Tovey avait trouvé le parfait laboratoire pour ses expérimentations sonores au service d'une âme torturée mais toujours prête à sublimer ses angoisses. Au fil d'une courte carrière, débutée en 79 et achevée en 84, Fad Gadget a produit 4 albums et nombre de singles sans jamais se répéter. Le groupe a  finalement connu un succès commercial avec un extrait de Gag, leur dernier album : Collapsing New People. Clin d’œil du destin puisque ce titre, certes à la rythmique plus dance, était enregistré avec les musiciens de Einstürzende Neubauten - en anglais Collapsing New Buildings - et que la rencontre entre la cold wave anglaise et la musique industrielle allemande ne présageait pas d'un succès commercial.

Mais si la reconnaissance vient tardivement avec le dernier album, c'est bien le premier qui est pour moi la plus grande réussite de Fad Gadget. De Fireside Favourites je n'écarterais aucun titre, chacun apportant sa pierre à un édifice exorcisant les angoisses de Tovey et son incompatibilité avec le monde qui l'entoure. De l'oppressant State of a nation au claustrophobe The Box en passant par le voyeurisme sordide et obscène de Newsreel, Tovey dévoile une personnalité tellement proche de celle de Curtis qu'elle ne pouvait que me toucher.

Frank Tovey est décédé en 2002, mais il nous a laissé Fad Gadget, quelques albums solos et une empreinte indélébile. Son fantôme hante encore parfois la musique.

Till

1. Pedestrian
2. State Of The Nation
3. Salt Lake City Sunday
4. Coitus Interruptus
5. Fireside Favourite
6. Newsreel
7. Insecticide
8. The Box
9. Arch Of The Aorta


ZS