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jeudi 6 décembre 2012
SOULAGES XXIe SIÈCLE - Musée des Beaux-Arts de Lyon
Monsieur Pierre Soulages
je vous fais cette lettre,
que vous lirez peut-être
si vous avez l'courage.
Je vous fais cette lettre pour vous dire combien je vous en veux. Je suis allé voir l'expo SOULAGES XXIe SIÈCLE au Musée des Beaux-Arts de Lyon, et je vous en veux. Je vous en veux M. Soulages, parce que depuis je broie du noir. Certes, le jeu de mots est facile mais essayez un peu de me comprendre : je rentre dans le musée bouillonnant d'impatience et d'envie et j'en ressors quelques heures plus tard désespéré. Désespéré ? Pas parce que j'ai été confronté à des toiles noires comme j'ai pu l'entendre ici ou là. Non, désespéré parce que le temps de cette visite ma propre peinture est devenue vaine, mesquine et sans intérêt. En sortant de ce musée j'étais devenu aquoiboniste comme dans une chanson de Gainsbourg. A quoi bon continuer à peindre après ça ?
Oh bien sûr j'avais déjà eu l'occasion de contempler vos œuvres, à Beaubourg, à Antibes ou ailleurs. A Grenoble en particulier où, dans cette salle improbable, vous côtoyez Miro et Calder. Mais jamais avec une telle profusion , une telle densité et une telle intensité. L'intensité, tout est là justement. Contempler un de vos tableaux me procure à chaque fois une émotion. Mais s'immerger deux ou trois heures durant dans ces salles uniquement consacrées à vos peintures est une épreuve à part entière. Se confronter ainsi à votre œuvre, à cette matière palpable, offerte et sensuelle, à cette profondeur, à ces lumières, à cette intensité, à cet infini, provoque un flot d'émotions incontrôlable, un débordement des sens, la rupture d'un barrage et l'inondation d'une vallée qui n'en demandait pas tant. C'est une épreuve dont on ne ressort pas indemne.
Vous m'avez fait voyager Outrenoir M. Soulages et je vous en veux. Je vous en veux de ce trop-plein d'émotions qui m'a fait sortir de là les larmes aux yeux. Je vous en veux de m'avoir ramené à ma petite condition d'être humain ordinaire. Je vous en veux de m'avoir fait me tromper de métro pour repartir.
Je vous en veux et je vous remercie pour ce voyage M. Soulages. Infiniment.
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